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histoire
autour du lac de tunis
La cité de Tunis est
entourée de trois étangs : le Sebkhat-es-Sejoumi, au
sud-ouest de la ville qui n'est guère qu'un marais
asséché pendant l'été,
cerclé de chaînes de montagnes ; au nord, une
lagune d’eau salée, Sebkhat-er-Riana, bordée d’une forêt
d’eucalyptus qui jouxte une immense plage
s’étendant jusqu’au delta formé par
la rivière Mejerda ; et à l’est, B’hira, petite
mer, appelé aussi Lac de Tunis, de faible profondeur sur
un fond vaseux de plus de 5 mètres et dont toute la
côte est formée de bancs de sable.
La ville de Tunis est ainsi
séparée de la mer Méditerranée par
cette lagune côtière qu’on pouvait estimer
à 4.000 ha avant les travaux récents
d’urbanisation.
De nombreuses pêcheries en claies de
roseaux étaient installées dans le Lac et les
poissons qu’on y pêchait, daurades - les plus
ragoûtantes du monde - et mulets étaient fort
estimés.
Les Romains lui donnaient le nom de Stagnum.
À l'est de la ville de Tunis est un
grand lac qui a vingt-quatre milles de circuit ; au milieu se
trouve une île nommée Chekia qui produit du
fenouil et renferme les restes d'un vieux château. Cette
île a environ deux milles de circuit.
Sur ordre d’El Hassan, les Coptes
creusèrent un canal au niveau de l’Arsenal [de la Goulette] qui
permis à la mer de Radès de
pénétrer jusqu’à Tunis. […]
Le port se nomme Mersa Radès, dans
sa partie sud il y a un château, le château de la
chaîne, au nord, une clôture de pierres ; entre le
château et la clôture un canal fermé par une
chaîne.
El Bekri (1068), Description de l'Afrique septentrionale. Trad. de Slane, Jourdan. Alger. 1913.
El Idrissi, un siècle plus tard
précise : « le lac
communique avec la mer par un chenal
[…] dont le fond est
très vaseux. Près de la mer, il s’agrandit
et sa profondeur augmente. C’est là que les
galères jettent l’ancre.
Au XIVe siècle, le géographe Abou-l-Feda
signale dans le lac de Tunis : Une
île où les habitants vont se divertir.
Abou-el-Feda, Géographie, trad. de Reynaud et S. Gulard. T. II.
Imprimerie Royale. Paris. 1878-1883.
Al-Umari signale aussi au milieu du lac une
île inhabitée appelée Chekia :
Parfois le roi s'y rend en cortège,
il traverse le lac dans des barques ou printemps, y fait
dresser ses tentes et y passe quelques jours pour s'y divertir
; puis il revient à Tunis. Cependant, on ne trouve pas
d'eau dans cette île, ni de prairies ; mois on y jouit de
la vue des jardins qui entourent le lac, des kiosques qui le
dominent et du spectacle de la mer.
Ibn Fadi Allah Al-Umari. Mûsâlik el-Absâr el Alamâlik
el-Amsâr. 1, (1348) Le Caire,
1924/Tunis, trad. Gaudefroy-Demombynes. Geuthner. Paris. 1927.
Radès
L’oued Miliane qui reçoit les
eaux du versant nord de la montagne de Zaghouan dépose
à Radès des alluvions qui en modifient la
côte.
Radès, qui conserve les vestiges
d’un vieux village dans une forêt
s’étendant jusqu’à une belle plage,
anciennement nommé Maxula, terme libyco-berbère
qui se transforma à l’époque romaine en Maxula per rates, par
les bacs, en usage à l’époque antique pour
relier la presqu’île de Carthage au Cap Bon.
Les bacs actuels sont des routes flottantes
et dépendent des Pont et Chaussées, ils sont donc
gratuits. Ils portent les noms de Hannibal et de Khereddine.
Le nouveau pont reliant les deux rives, les
fera-t-il disparaître ?
1573
D’Arradez (Radès)
C’est une autre petite ville sur le
chemin qui va de la Goulette à Tunis, à
l’orient de l’Étang.
Elle a été bâtie par
les Romains, et quoique petite, elle est fameuse par des bains
d’eau vive. Lorsque les successeurs de Mahomet
entrèrent en Afrique, c’était une colonie
romaine autrefois Cuyna, qu’ils prirent et
saccagèrent, démantelant une partie des murailles
avant que de l’abandonner.
Les Rois de Tunis rétablirent depuis
celles du château, et elle se repeupla, non pas pourtant
comme la première fois. Après la prise de Tunis,
l’Empereur s’y vint camper, mais les habitants se
retirèrent, et depuis ils y retournèrent, mais
ils ne sont pas trop en sûreté des soldats de la
Goulette, et quand il y a la guerre ils ne les osent attendre,
non pas même dans le château, quoiqu’ils ne
soient qu’à deux lieues de Tunis.
Marmol, Histoire des derniers rois de
Tunis, éd. Cartaginoiseries, Tunis 2007.
Le Lac, qui se réduit de plus en
plus, est maintenant séparé en deux parties, le
Lac Sud (1.100 ha) et le Lac Nord (2.600 ha). La mer y
pénètre par un plan d’eau dit Canal de
Radès traversés par les bacs et un nouveau canal
dit Khereddine ouvert à la hauteur de la station
Aéroport - en souvenir de la station d’hydravions
qui formaient le trafic aérien jusque dans les
années 40.
De grands travaux d’assainissement
ont eu lieu dans le Lac Nord dans les années 1980 :
agrandissement des canaux qui permettent la circulation de
l’eau entre le Lac Nord et le grand canal ; dragage et
nettoyage des algues ; remodelage des berges.
Un nouveau quartier est créé
sur la rive nord, les Berges du Lac, El Bouhaïra.
Actuellement, le Lac Sud est à son
tour remodelé et assaini. Un grand projet
d’urbanisation dont la première pierre a
été posée le 6 août 2007, est en
train de voir le jour avec un nouveau quartier moderne et
résidentiel, un port de plaisance, une marina…
La route qui longe le grand canal est
agrandie en quatre voies et la construction du pont à
haubans d’une hauteur de 260 mètres qui enjambe le
canal, reliera La Goulette à Radès.
Le projet de rénovation de la zone
de la Petite Sicile avoisinante du port de Tunis s'inscrit dans
le cadre des grands projets relatifs à la
rénovation et à la réhabilitation urbaine
de la capitale.
Depuis février 2001, un concours
d'urbanisme et d'aménagement a été
lancé par la Municipalité de Tunis afin de
remodeler cette partie de la ville, s'inscrivant dans un vaste
projet d'aménagement et de développement de
Tunis-Sud. Il est question de créer un pôle
commercial tertiaire et résidentiel de haut standing
autour du port de Tunis et sur la presqu'île de
Madagascar. Le projet petite Sicile sera réalisé
sur une superficie de 80 hectares limitée par Bab Alioua
au sud, l'avenue Habib Bourguiba au nord, le port de Tunis
à l'est et l'avenue de Carthage à l'ouest. Il
comprendra un parking à étages sur 7492 m2, deux
tours gigantesques jumelles, une station de transport
multimodal (une gare principale (train), une station de bus et
de taxis et une gare du métro), des immeubles
résidentiels et administratifs, des espaces culturels,
sociaux et commerciaux.C'est un vaste en ensemble immobilier
qui doit donner « un nouveau visage au centre de Tunis
». Source : Portail de la Ville de Tunis.
http:
//www.commune-tunis.gov.tn/fr/urbanisme_projet_petite_sicile_his.htm
Le Port
À l’époque punique, les
Carthaginois installèrent deux ports, de commerce et
militaire, sur une petite lagune au bas de la ville de
Carthage. Les Romains les utilisèrent en les
agrandissant.
Après l’abandon de Carthage et
l’arrivée des Arabes, ces ports furent
utilisés comme marais salants. La côte fut
fortifiée avec la Tour du Sel, la Tour de l’Eau,
et sur l’isthme sableux où fut creusé un
canal, la Tour de Radès, tandis que de l’autre
côté du Lac, dans la ville basse de Tunis,
d’autres fortifications furent construites :
- un arsenal, Dar al-Sinaâ, fut
édifié, vers l’an 700, sur ordre de Hassan
ibn al Nooman,
- la porte de la cité, Bâb
al-Bahr, la Porte Marine ou Porte de la Mer,
protégée de plusieurs tours, était
reliée à l'Arsenal qui s'étendait sur une
esplanade jusqu'à l’Étang où il
ouvrait par un portail arrondi et une vaste cour où l'on
tirait les bateaux au sec,
- face à Bâb al-Bahr, un
bâtiment carré adossé aux trois remises
voûtées, relié par une passerelle ou
d'arc-boutant à un autre édifice
crénelé, attenant à la muraille, ce qui
associait l'Arsenal à la défense de la porte.
- 1573
Près du lac est un arsenal,
où il y a de quoi construire quatorze galères.
Marmol,
Histoire des derniers rois de Tunis,
éd. Cartaginoiseries, Tunis 2007.
Ainsi Tunis remplace Carthage pour sa
prospérité maritime et commerciale et La Goulette
eut toujours une importance stratégique.
Mais les grands bâtiments restaient
en rade en pleine mer, dans une situation difficile et
dangereuse en cas de tempête ou d’attaques navales.
Marchandises et voyageurs voguaient ensuite sur le Lac sur des
embarcations à fond plat, actionnées à
rame et à voiles, appelées sandals, par deux
passages entre les nombreuses pêcheries, soit celui qui
allait vers Radès comme le montre l’ancienne
gravure, soit vers Tunis.
- 1867
La Tunisie possède une douzaine de
lacs et étangs, dont trois seulement sont navigables :
1° celui de Tunis, ayant un périmètre de 33
km, navigable aux petites barques d’un faible tirant
d’eau qui servent au transport des denrées et des
marchandises de Tunis à la Goulette et vice-versa. […]
L’importation moyenne de cette ville,
par la voie de La Goulette est de 18 millions et son
exportation de 16 millions de francs par an. […]
La Goulette, Halk el Oued, place forte,
unique port militaire ainsi que le port de commerce le plus
important de la Régence, est la résidence de S.A.
le Bey pendant six mois de l’année. Elle
possède un arsenal maritime et des ateliers. Ne
possédant qu’une rade presque foraine, assez
souvent très dangereuse pendant l’hiver, surtout
lorsqu’il y règne des tempêtes du nord-est,
le gouvernement est obligé d’envoyer toue les
années sa flotte hiverner à Sfax.
Un prolongement d’un kilomètre
de jetée au sud-sud-est suffirait pour rendre La
Goulette un des ports les plus sûrs de l’Afrique.
Une dépense d’environ un million et demi serait
plus que suffisante pour faire abriter, non seulement les
navires de l’État, mais encore tous ceux de ma
marine marchande qui pourraient faire à quai toutes
leurs opérations de commerce.
Charles Cubisol, La Régence de Tunis,
Challamel, Paris 1867.
En 1865, la famille Fasciotti reçoit
du Bey une concession au bord du Lac, dans la partie basse de
l'avenue de la Marine, à condition de gérer
l'écoulement des égouts de la ville à ciel
ouvert, les khandaks. En le comblant des ordures et des
immondices de la ville, le terrain gagné sur le Lac est
de 13 hectares et forme un nouveau quartier fait
d’ateliers et d’entrepôts, peuplé
d’ouvriers et de dockers en majorité siciliens et
prend le nom de la Petite Sicile. La construction du nouveau
port de Tunis accentue cette urbanité sauvage.
En 1888, au début du protectorat
français, se décident de grands travaux pour
créer un nouveau port à Tunis. Un chenal maritime
de 10 km de long sur 30 mètres de large et de 6,5
mètres de profondeur, réunissant La Goulette au
rivage de la ville est dragué, bordé d’une
digue construite avec la vase extraite du canal.
Le nouveau Port de Tunis est
inauguré et déclaré ouvert à la
navigation, le 28 mai 1893 en présence de S.A. Ali
Pacha, Bey de Tunis, de M. Guérin, garde des Sceaux de
France, de M. Poincaré, ministre de l’Instruction
Publique et des Beaux-Arts et du résident
général Charles Rouvier.
Tunis est le principal port
d’exportation de la Régence, et un des plus actifs
des colonies françaises. Tunis est bâtie sur la
côte, mais au moins à 15 km du rivage, sur un lac
de 6.000 hectares de superficie. C’est le lac de Tunis,
lac vaseux, peu profond, au milieu duque il a été
creusé un chenal sur plus de 10 kilomètres,
d’une profondeur moyenne de 6m 50. Le creusement de ce
chenal était d’ailleurs indispensable pour
permettre une libre navigation et facilite, non seulement
l’activité même de Tunis, mais aussi le
développement de tout un hinterland important. Ce chenal
donne accès au bassin maritime, constituant le port
d’opérations, d’une superficie de 12
hectares. Les premiers travaux commencés en 1888 furent
continués jusqu’en 1893, effectués par la
Société des Batignolles, alors concessionnaire.
En 1895-1896 furent édifiés des quais et des
hangars en bordure du premier bassin sur une longueur de plus
de 600 mètres, par la Compagnie concessionnaire des
ports de Tunis, Sousse et Sfax. Un second bassin, construit en
1905, est spécialement destiné à
l‘embarquement des phosphates provenant des
gisements de Kaala-es-Senan et de Kalaa-Djerda. Le trafic
de Tunis est augmenté également, d’autre
part, par l’exportation du minerai provenant du Kef.
Le port de Tunis a plus de 50 hectares de
superficie, et depuis ces dernières années, des
travaux d’agrandissement et de nouveaux
aménagements ont été effectués.
En 1905-1906, le transit qui s’est
fait par le port de Tunis n’atteignait que 382.367
tonnes. Mais depuis la construction de nouveaux
aménagements, depuis l’établissement de
nouvelles lignes construites spécialement pour
l’acheminement du minerai vers son point
d’embarquement, le trafic de Tunis a aujourd’hui
plus que doublé. L’avenir de Tunis est donc
considérable, et ce port est appelé à
rendre à la France d’immenses services.
À côté de Tunis, […] il y a le
port de la Goulette qui deviendra, d’ici quelques
années, spécialement le point de départ du
minerai tunisien, laissant au port de Tunis le privilège
des phosphates, des produits agricoles et des
céréales. […] Des aménagements ont été
construits pour recevoir le minerai venant de
l’intérieur et pour son exportation. C’est
un port secondaire appelé à une importance
certaine d’ici quelques années.
Ferdinand-Lop, La
Tunisie et ses richesses,1921.
- 1961 (après
l’Indépendance)
Tunis offre le paradoxe d’avoir un
port creusé dans la vase d’une lagune et
d’être relié à la mer par un canal de
10 km. Les bateaux qui entrent dans le golfe de Tunis
atteignent La Goulette après avoir suivi un court chenal
dragué. Ils arrivent alors dans un bassin de 11 ha,
élargissement du canal accessible aux navires calant
10,50 mètres.On charge dans cet avant-port qui prend de
plus en plus d’importance, le minerai de fer, et depuis
peu, les phosphates du Haut-Tell ; on y a construit les
réservoirs d’hydro-carbures ; et le vieux port de
La Goulette, qui abrite les bateaux de pêche, y
débouche. Le canal ne peut être ensuite
emprunté que par les bateaux d’un tirant
d’eau inférieur à 7,50 mètres ; il
conduit au port même de Tunis qui est divisé en
deux bassins couvrant 25 ha. La Goulette et encore moins Tunis
ne peuvent évidemment pas servir de port de
relâche.
J. Despoix, La
Tunisie, Armand Colin, 1961.
Mais l’envasement du golfe fait que
le port de Tunis ne peut se maintenir qu’au prix de
grands et coûteux travaux.
La Goulette redevient le port de Tunis
à la fin du siècle dernier avec des
aménagement, des digues et des quais et le comblement de
l’ancien canal jouxtant le fort.
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